samedi, janvier 15, 2011

Flashback 2. New Jersey - Pennsylvanie

Vendredi 10 juillet 1970, 8h

"Allez Francis, on y va". Une douche et nous enfilons nos vêtements de stoppeur : jeans, chaussures de sport, k-way car il pleut. En route. Les rues sont pleines de monde. Il fait chaud malgré la pluie et nos sacs sont lourds. Il faut trouver la sortie Sud.

"-Excuse me Sir, we want to go to Philadelphia.
-Vous êtes fous. La sortie est très loin et l'auto-stop est interdit."

Cela commence bien! Nous continuons à marcher. Après un essai sans résultat dans le subway, le métro newyorkais ne sort pas de la ville, je demande plusieurs fois mon chemin : toujours la même réponse. Nous continuons à marcher à travers les échangeurs géants. La fatigue commence à se faire sentir. Nous nous engageons dans un tunnel. Partout des panneaux indiquent qu'il est interdit de faire du stop, de marcher, de stationner. Parfois il n'y a pas de trottoir. Nous continuons à marcher. Nous voilà en plein milieu du tunnel. Une voiture s'arrête derrière nous. Merde, les flics! Francis est aux abois, c'est la première fois qu'il fait du stop et il ne comprend pas un mot d'anglais. Je le rassure :" T'en fais pas, j'ai déjà été arrêté en Allemagne, en Suède et en Angleterre. Au pire, ils vont nous emmener au poste pour vérifier notre identité. Je vais faire semblant de ne rien comprendre." 

Je m'approche de la voiture : "Euh...nous, French, speak pas English." Les flics me font signe de monter. Nous grimpons. La voiture de police démarre.

"-Where are you going?
-... " Silence...je joue le jeu jusqu'au bout.
Alors ils m'expliquent dans un anglais simplifié à l'extrême qu'ils vont nous emmener en un endroit où il est plus facile de stopper. Je n'en crois pas mes oreilles... Pour un peu je leur sauterais au cou.

Quand ils nous déchargent, il ne pleut plus. Dix minutes plus tard, un noir en Volkswagen nous conduit à Elizabeth, en banlieue.

"-Quel trafic!, me dit Francis, on ne va pas moisir ici.
-En stop, on ne sait jamais."
Nous attendons depuis deux heures, toujours rien.Un noir au nez écrasé et aux dents écartées vient me faire le baratin. Je lui explique notre situation. Cela le fait rire. Nous continuons à stopper. Il fait chaud et soif. Derrière nous, un salon de coiffure pour hommes tenu par un noir, encore un. Je lui demande à boire. Il s'excuse de ne pouvoir  nous offrir que de l'eau et il s'étonne quand  je lui dis que nous sommes là depuis deux heures. Un quart d'heure après, un  camion nous charge, le chauffeur est jeune. Il n'a pas encore passé la seconde que déjà il nous parle de "grass", drogue en argot.

3 heures de l'après-midi, nous sommes dans le NEW JERSEY, toujours, et pourtant nous avons utilisé neuf véhicules. Pas de chance. Nous crevons de faim et de soif. Une voiture s'arrête. Deux jeunes peintres en bâtiment de trente ans et un chien. Pour la dixième fois de la journée je raconte qui nous sommes, où nous allons etc. Les gars sont sympas. Le chauffeur a les cheveux longs. Ils ont terminé leur journée et rentrent chez eux. Je flaire la bonne occasion. Je baratine, je baratine jusqu'à ce qu'ils nous invitent chez eux.

Ils s'appellent Butch et Craig. Ils habitent à la limite entre les deux états du New Jersey et de Pennsylvanie. Maison ultra moderne. Décor hippy. Ils nous abandonnent dans la cuisine en compagnie de sandwiches et de bière. Il y a même des pizzas! Après nous être restaurés, nous les rejoignons dans le salon. Leurs vêtements de travail sont sales. Pourtant, ils sont assis sur les meubles, allongés sur la moquette,  vautrés dans les fauteuils avec des amis chevelus et barbus comme eux. Une cigarette de marijuana passe de main en main!

Je m'intègre à la discussion. Ils parlent de tout et de rien. Ils semblent désabusés et pourtant ils ont tout le confort, la télé en couleur, une chaîne haute fidélité. Butch a même une très jolie femme! Non, ils ne sont pas heureux. Ils détestent la société dans laquelle ils vivent. Seule la drogue...

Craig nous reconduit sur l'autoroute. Nous échangeons nos adresses avant de nous quitter...

"WELCOME TO PENNSYLVANIA". Nous avons traversé à pied le pont qui enjambe la Delaware River, frontière entre les états de New Jersey et de Pennsylvanie. Quelques minutes plus tard, une Buick bleue s'arrête. Elle est longue, très longue. Au volant, un beatnick blond qui se dirige vers Philadelphie. Nous grimpons. Je lui débite à nouveau mon baratin tandis que la pluie se remet à tomber, avec violence cette fois. Dans la tourmente, nous apercevons deux malheureux qui stoppent aussi. Le beatnick les invite à monter. Nous ne savons pas encore que ce sont deux trafiquants de drogue qui vont modifier le cours de notre voyage.

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