vendredi, janvier 21, 2011

Journal Miami - 6

 Mardi 18 janvier 2011

Le soleil est revenu après la pluie d'hier, plus chaud que lundi. Je quitte l'hôtel vers huit heures au moment où le voiturier amène sa Ferrari à un client. Ce matin j'ai décidé de diriger mes pas vers Kennedy Park en m'éloignant du centre de Coconut Grove, je ne sais pas si je vous ai dit que c'était le nom de cette partie de Miami.

Je longe South Bayshore drive, déjà  très fréquentée, et  croise quelques cyclistes et  joggers moins nombreux que le week end ; parmi eux Pascale qui me fait signe en me doublant. L'avenue est bordée d'immeubles publics y compris  un city hall, de sièges  de compagnies mais aussi de palaces comme le Marriott et de superbes villas cachées derrière des rangées de cocotiers. Ce n'est pas Beverly Hills mais c'est déjà très top. Une pancarte SALE indique qu'il faut s'adresser à Christies pour négocier l'achat de la propriété. Le sol est encore humide des précipitations de la veille et par endroits de grandes flaques d'eau terminent de sécher, on dirait que l'avenue vient d'être lavée.

J'ai tenté de joindre les Bates pour leur dire que la compétition en Pennsylvanie n'étant plus à notre programme, une fois de plus je serai dans l'impossibilité de leur rendre visite. J'arrive devant l'Hermitage  après avoir dépassé le restaurant où nous avons dîné hier soir avec les trois journalistes puis je traverse le parc de la séance aérobie de dimanche, un panneau indique MERCY HOSPITAL trente minutes, donc je ne suis plus très loin de Metz, il est temps de faire demi tour si je ne veux pas payer en pompes le retard au rdv pour la séance, c'est le  tarif du head coach Longuèvre, deux pompes par minute de retard et personne n'y échappe, pas même le champion du monde ou le médaillé européen.

Sur le chemin du retour je fais des courses au fresh market : nous disposons de 20 dollars par jour pour payer nos deux repas à la fac donc il nous reste trois dollars par jour pour le petit déjeuner ; une plaquette de beurre, un kilo d'oranges, du pain bio, un litre de jus de pamplemousse et une viennoiserie  font monter la note à 15 dollars mais cette dépense vaut pour plusieurs jours, cela fait à peine plus de trois dollars de moyenne. Il faut conserver les tickets de caisse pour se faire rembourser et il y a un plafond de 25 euros par jour indépassable. Ce n'est pas excessivement bling bling... Le café, le sucre et le lait sont fournis gratis par l'hôtel.
 
J'ai le temps d'aller déposer mes courses dans ma chambre. A la caisse du supermarché un employé a aidé la caissière à empaqueter les achats ; en France  nous remplaçons les caissières par des automates.... Mon réfrigérateur américain est en panne, je le signale à la femme de chambre de mon étage qui ne parle pas anglais, elle appelle la réception en espagnol et toute la conversation se fait dans cette langue... Dès l'aéroport nous avons constaté que les annonces orales au haut parleur, les publicités  écrites, se font autant en espagnol qu'en anglais... Le pays du melting pot est envahi par les Latinos et pas seulement dans les états frontières du sud ouest.

Imaad est déjà prêt à partir pour la séance muscu à l'université mais auparavant il tente de trouver des places pour un match de NBA. C Lemaitre est la cible des journalistes de France 2 qui sont déjà à pied d'œuvre pour le filmer au départ de l'hôtel, ils ne vont plus le lâcher ; demain ils aimeraient le filmer sur la plage et sollicitent Imaad pour participer à cette partie du reportage.

J'ai eu le temps de lire le mail de Gyraphon, champion de France cadet ugsel du 60 avec un joli pb qui doit être le record du club et qui le qualifie pour les France jeunes ; je vais lui envoyer un petit mot de félicitations ainsi qu'à Jul's et Romain qui ont amélioré leur pb sur 200 indoor mais gyraphon préférera sans doute avoir les encouragements de Ladji et Darien que je sollicite et qui sont immédiatement ok. Je sollicite en même temps  leurs coaches qui me chambrent : "quoi tu veux féliciter un cadet champion ugsel  et tu t'adresses à des coachs de champions du monde ffa et ugsel, tu vas voir comme nous allons le remettre à sa place ton petit gars." (POUR LES ANONYMOUS cet énoncé est contredit par l'énonciation de mes deux collègues) 


Nous sommes dans la salle de musculation, gigantesque, un choc pour ceux qui découvrent les conditions de travail exceptionnelles des universités US et c'était déjà le cas lors de mon premier séjour à San Jose, San Diego ou Los angeles USC et UCLA... Imaad mitraille, pour ramener un témoignage photo,  des appareils de musculation en batterie, des inscriptions géantes qui incitent à devenir un champion, du hall of fame avec les photos et les perfs des meilleurs athlètes all time par poste de musculation dont nous reconnaissons quelques uns en action dans la salle.

Il  est temps de cesser de faire le touriste et de se mettre au diapason des acteurs de ce théâtre. ICI se jouent des pièces sans scénario où l'incertitude du dénouement  repose entièrement sur le désir de gloire de ceux qui veulent jouer les premiers rôles.

Imaad enchaîne les postes de travail, ischios, abdos, lombaires, en gainages isométriques ou en mouvements concentriques, excentriques,  puis il exécute ses exercices de gymnastique habituels pour ajouter de la souplesse active aux étirements plus ou moins passifs et développer  sa coordination, son équilibre. Après deux jours de musculation jambes ET AVANT la séance vitesse de cet après midi, son programme du jour  concerne les bras, demain et après demain nous reviendrons sur les jambes puis sixième jour bras et septième jour de la semaine REPOS.

La première série de 6 DVC à 62 KG passe bien, mais Imaad préférerait en rester à cette charge. Je dois négocier avec lui 5X 63 puis 4X64, il discute, finit par accepter mais je vois bien que la barre monte moins vite et qu'il n'arrive pas bras tendus dans les dernière rep donc nous coupons pour qu'il récupère et je fais du coaching pour le persuader d'aller dans le pays décrit par Guy de Maupassant où les athlètes font des perfs. Pour cela il était prévu 6X6 x 56 en décembre, on ne peut pas charger moins de 90% du max en janvier.
La barre et les gros disques de 10/15/20 sont en kg, les disques moins lourds en livres, je me trompe dans les conversions pour la charge à soulever en TROIS SÉRIES DE TROIS, les deux premières rep passent très bien ou correctement, à la troisième IMAAD échoue, il est donc à 95% de son max quand il soulève son poids de corps. C'est clair qu'il y a des gains nets possibles dans ce secteur, ce qui n'est pas le cas pour des sprinters qui ont besoin de soulever plus lourd pour courir en 10.39 voire plus, et dont la marge de progrès est moindre.

C'est clair aussi que IMAAD doit progresser en musculation, il progresse et devrait aller vers plus que son poids de corps en arrachés et deux fois en demi squats nuque mais pour le protéger je lui ai toujours conseillé la barre devant qui permet de soulever 20/30% de moins avec le même bénéfice et le squat une jambe.

Après le déjeuner à l'université -- aujourd'hui l'offre de plats était  plus large qu'hier et surtout que le week end -- retour hôtel situé à 10 mn en voiture pour une sieste raccourcie car le départ est à 15 h pour la séance vitesse au stade ; je fais le déplacement dans la voiture des trois journalistes, ils m'expliquent que Patrick MONTEL leur a demandé de réaliser une séquence pour illustrer les directs athlé  lors des championnats internationaux puis la conversation déborde vite cette préoccupation. Il est toujours intéressant d'entendre des journalistes du sport qui ont une vision plus grand public, moins étroitement techniciste de l'athlé, du sport et des personnages publics, que les entraîneurs. Leur fréquentation permanente et variée des hommes et des femmes qui désirent être (re)connus nationalement ou internationalement les leste d'un savoir instructif pour les coachs.

Sur le stade de nombreux athlètes américains et étrangers  sont en train de s'échauffer, ou déjà dans leur séance et ils ne font pas semblant, en particulier Lauryn WILLIAMS, championne du monde du 100 en 2005.

Dès l'échauffement la différence est nette entre les champions reconnus expérimentés comme Doucouré ou Darien et les champions en herbe ou moins expérimentés comme Imaad et Christophe Lemaitre.

Assister à un échauffement DARIEN est formateur. Il traîne au début, marche sans rien faire voire parle à des partenaires mais progressivement il entre dans son échauffement et là on voit que sa concentration et son niveau d'activation montent en puissance, l'échauffement dure très longtemps et les exercices d'étirements, de musculation sont de plus en plus intenses et dynamiques, les répétitions actives sont nombreuses, les exercices finaux sont exécutés à bloc ET sans le soutien ni du coach ni des partenaires qui se préparent individuellement, chacun de leur côté ; GARFIELD sent sa séance, verbalise ses sensations en échange avec son père de coach, il suspecte que les marques sont inexactes, traverse le stade pour aller chercher un déca, mesure et effectivement il manque vingt centimètres. Du coup les bons chronos de Imaad réalisés sur 30M55 et 40M55 deviennent excellents.

Reina Flor est prête la première puis Sandra et Imaad qui termine comme d'habitude par des haies 76 intervalle filles ; quand  GARFIELD arrive la séance commence. Départs en starts et au signal pour les quatre ensemble mais trois ont des haies dans leur couloir...

Imaad est très bien, mieux qu'à VITTEL à Noël où il avait déjà fait une bonne séance : 3.76 /30M55   4.65/40M55   5.56/50     4.69/40    3.70/30. Je lui propose de ne pas faire le dernier des six passages.

Au début de la séance, Renaud me fait des grands signes à l'autre bout du stade. J'ai oublié Christophe qui attend que je le chronomètre. Il doit faire 250/200/200/150/150 avec de longues récup de 6 à 10 mn qui me laissent largement le temps de chronométrer cinq passages vitesse du PHALLUS mais quand il y a IMAAD sur un stade j'oublie beaucoup de regarder ailleurs... J'ai quand même le temps de voir MURIELLE et MARIE ANGÉLIQUE souffrir mille morts dans leur séance lactique de deux fois 250+150.

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