Au retour de mon premier voyage aux USA, le Républicain Lorrain m'a demandé de raconter. Chaque jour je passais une heure à l'agence de Longwy. Une secrétaire tapait à la machine mes notes. AZ m'a demandé de tenir un journal de notre stage à Miami. J'ai l'impression que l'histoire recommence.
Jeudi 9 juillet 1970
5h30 du matin. Longwy n'est pas encore éveillé. Nous quittons notre bonne ville sur la pointe des pieds, sans être vus, comme des malfaiteurs. Les aventuriers vivent toujours un peu en marge des lois et c'est bien une aventure que nous sommes décidés à vivre pendant cinq semaines. Longwy Haut, Longwy Bas, tout est calme. Pas de voiture sur le pont supérieur, c'est un spectacle rare et pourtant je suis tout de même longovicien depuis vingt ans. La route nationale qui mène à Metz. Cette fois c'est vraiment parti!
Les yeux à demi clos, je me laisse bercer par le ronron du moteur. Je devine le paysage sans même regarder par la vitre. Je le connais pas cœur. Combien de fois ai-je pris cette route en bus avec le club, en voiture cette année pour aller m'enfermer dans ce damné bahut messin. Non, il ne faut plus que je pense à l'année P1. Le cauchemar est terminé. Et puis, j'ai été admis à la première partie du CAPEPS, alors tout devrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles comme le disait Maître Pangloss à Candide. Pourtant je ne peux m'empêcher de penser à mes quatorze camarades de promotion qui sont restés sur le carreau. Ils avaient pourtant bossé toute l'année, jour et nuit, le samedi, le dimanche, à Noël et à Pâques, comme moi, comme les vingt autres de cette classe préparatoire. Ce n'est vraiment pas juste. On se fout de nous parce que nous sommes trop sages... Mai 68 est déjà loin... La violence, toujours la violence, pour se faire entendre. Est-ce juste? Non sans doute mais dans ce monde à l'envers ce qui est injuste devient juste. La justice, la moralité ont fait place à l'efficacité. Pourquoi faut-il que la violence soit l'unique moyen de se faire entendre?
Nous voici sur l'autoroute, j'ai stoppé là hier après-midi, une heure et demie d'attente. Sourire. Combien de temps attendrons-nous là-bas? Nous voilà arrivés à Metz. J'aperçois les échangeurs à l'américaine, pensais-je ridiculement. La route de Strasbourg. Non, non, tu ne vas plus au Lycée Schuman. OUF!... La gare sncf. Imposante et noire. C'est la première étape. Les adieux. Les dernières recommandations. Ras le bol mais il faut faire semblant d'écouter.
7 h : c'est l'heure du rassemblement. "Francis, regarde le grand blond près du kiosque avec sa gueule de touriste, je parie qu'il fait partie du groupe. Allons voir.
"-Club anglais de Strasbourg? Voyage aux USA?
-Oui, vous aussi?"
Ce sont les seules paroles que nous échangeons avec notre premier compagnon de voyage. Ensuite c'est la routine de tous les voyages organisés : les impératifs horaires, la distribution des billets, etc. Vivement New York, que nous quittions le groupe.
Gare de Nancy, tout le monde descend. Changement de train. Je n'entends pas. Je suis plongé dans L'Équipe, lisant et relisant les exploits des athlètes français. Je revois l'écran tv. C'était hier soir. J'ai encore du mal à y croire, ce n'est pas possible. Comment les petits Français ont-ils pu devancer les Dieux américains? La dernière ligne droite de Nallet dans le 400 haies. Fabuleux. Dire que ce soir nous serons dans l'avion et nous manquerons la deuxième journée de ce match historique.
Pour un peu, je resterais en France. J'ai envie de courir moi aussi. Je n'ai presque pas pu cette année. La France n'est pas l'Amérique, sport ou études, il faut choisir,on ne peut pas faire les deux. j'ai sacrifié l'athlé jusqu'en juin, enfermé dans mon lycée. En juin, il était trop tard pour rien faire de valable sur une piste alors il valait mieux sacrifier toute la saison, partir en vacances, loin et longtemps. Dès avril, je m'étais engagé dans ce voyage outre atlantique et puis, en plein mois de mai, divine surprise, mon meilleur temps sur 400 m, 49.6, à 7 dixièmes du record de Lorraine. Merveilleuse incertitude du sport. Hélas, il est trop tard à présent pour changer mes plans. Il faut partir. Oui, et puis, il y a l'an prochain. L'an prochain bien sûr. je battrai le record, c'est l'apanage de la jeunesse que de parier sur l'avenir.
Pour un peu, je resterais en France. J'ai envie de courir moi aussi. Je n'ai presque pas pu cette année. La France n'est pas l'Amérique, sport ou études, il faut choisir,on ne peut pas faire les deux. j'ai sacrifié l'athlé jusqu'en juin, enfermé dans mon lycée. En juin, il était trop tard pour rien faire de valable sur une piste alors il valait mieux sacrifier toute la saison, partir en vacances, loin et longtemps. Dès avril, je m'étais engagé dans ce voyage outre atlantique et puis, en plein mois de mai, divine surprise, mon meilleur temps sur 400 m, 49.6, à 7 dixièmes du record de Lorraine. Merveilleuse incertitude du sport. Hélas, il est trop tard à présent pour changer mes plans. Il faut partir. Oui, et puis, il y a l'an prochain. L'an prochain bien sûr. je battrai le record, c'est l'apanage de la jeunesse que de parier sur l'avenir.
"Patrice, qu'est-ce que tu fais? il faut descendre!"
Me voilà sur le quai. La gare de Nancy a une allure familière, elle réveille en moi des souvenirs proches. Toute une année, toutes les semaines, le jeudi matin et le vendredi après-midi, entre temps la fac de lettres. C'était le bon temps. Resto U. Cité U. Les amphis où nous traduisions et retraduisions les short stories. C'est en fac que m'était venue l'envie de partir pour les USA au programme de Deug 2. J'étais pion cette année-là. J'avais assez d'argent pour envisager le voyage. Pourquoi n'étais-je donc pas parti l'an dernier?...
On annonce le train de Paris, je vide d'un trait ma tasse de café et nous quittons le buffet à la hâte. Le voyage Nancy-Paris dure une éternité à mon goût. Tous nos compagnons de voyage en sont comme nous à leur première visite aux USA mais ils ont payé deux fois plus cher que nous pour avoir le droit d'être propres toute la journée et pour disposer d'une voiture aux USA. Ils se plaignent de ne pouvoir emporter avec eux que 300 dollars d'argent de poche pour tenir cinq semaines et se demandent comment Francis qui m'accompagne va pouvoir se débrouiller avec 270 dollars pour subsister. Je ne leur dis pas que j'ai en tout et pour tout 90 dollars en poche. Pour les rassurer, nous leur parlons d'un imaginaire travail qui nous attend à Kansas City.
Gare de l'Est. Beaucoup de monde comme toujours et pas mal de difficultés pour atteindre, chargés comme nous le sommes, le bus qui doit nous conduire à Orly. L'aéroport de Paris apparaît dans tant de films que j'ai l'impression d'être dans mon quartier alors que j'y pénètre pour la première fois. J'ai hâte d'être dans l"avion mais il faut auparavant satisfaire à des tas de formalités fastidieuses. A 16 h, nous décollons enfin. Les hôtesses nous invitent à attacher nos ceintures. En quelques minutes nous sommes au-dessus des nuages. Pour moi,c'est le baptême de l'air. Je m'attendais à des sensations vertigineuses : rien du tout. Le Boeing 707 qui nous emporte vers le nouveau monde est très confortable. Le voyage me semble long malgré le champagne, le whisky et les bonbons... Pour passer le temps je loue un écouteur. Tiens, des chansons de Claude Nougaro, ils ont du goût à Air France. Le temps passe toujours lentement. Le repas est bon mais peu copieux. Les hôtesses évoluent difficilement d'un bout à l'autre de l'avion car les gens les gênent par leurs déplacements incessants. Elles gardent pourtant le sourire. Plus tard dans la soirée (en fait avec le décalage horaire il est à peu près toujours la même heure), on nous passe en film, The Riders, avec Steeve McQueen.
"Il est 19h, heure de New York." C'est le commandant qui nous parle. Nous atterrissons à Kennedy Airport. Longue attente pour trouver un parking à notre Boeing. Une file d'avions attend pour se garer ou pour décoller. La nuit tombe quand nous posons le pied sur le sol américain. Autour de nous, d'énormes 747 sont sur le point de s'envoler pour les quatre coins du monde. Vraiment impressionnants!
Un bus nous conduit à la douane. Nouvelle attente. Il est 22h quand nous quittons Kennedy Airport.Nous sommes aussitôt accueillis par des jeunes gens qui nous proposent des hôtels par chers. Ils se présentent à nous comme des amis de la France et des Français. Tu parles! Je demande au leader du voyage la permission de rester avec le groupe pour profiter du transfert en ville. Il accepte moyennant deux dollars. Une heure plus tard, le bus nous largue devant Times Square Motor Hotel, en plein Broadway où le groupe est logé. Pas nous, qui devons trouver une chambre. C'est vingt dollars la nuit. Trop cher. Je négocie avec deux membres logés. Ils nous acceptent dans leur chambre contre quelques dollars. Nous dormons sur la moquette. Téléphone, télévision, salle de bain, c'est l'Amérique.
On annonce le train de Paris, je vide d'un trait ma tasse de café et nous quittons le buffet à la hâte. Le voyage Nancy-Paris dure une éternité à mon goût. Tous nos compagnons de voyage en sont comme nous à leur première visite aux USA mais ils ont payé deux fois plus cher que nous pour avoir le droit d'être propres toute la journée et pour disposer d'une voiture aux USA. Ils se plaignent de ne pouvoir emporter avec eux que 300 dollars d'argent de poche pour tenir cinq semaines et se demandent comment Francis qui m'accompagne va pouvoir se débrouiller avec 270 dollars pour subsister. Je ne leur dis pas que j'ai en tout et pour tout 90 dollars en poche. Pour les rassurer, nous leur parlons d'un imaginaire travail qui nous attend à Kansas City.
Gare de l'Est. Beaucoup de monde comme toujours et pas mal de difficultés pour atteindre, chargés comme nous le sommes, le bus qui doit nous conduire à Orly. L'aéroport de Paris apparaît dans tant de films que j'ai l'impression d'être dans mon quartier alors que j'y pénètre pour la première fois. J'ai hâte d'être dans l"avion mais il faut auparavant satisfaire à des tas de formalités fastidieuses. A 16 h, nous décollons enfin. Les hôtesses nous invitent à attacher nos ceintures. En quelques minutes nous sommes au-dessus des nuages. Pour moi,c'est le baptême de l'air. Je m'attendais à des sensations vertigineuses : rien du tout. Le Boeing 707 qui nous emporte vers le nouveau monde est très confortable. Le voyage me semble long malgré le champagne, le whisky et les bonbons... Pour passer le temps je loue un écouteur. Tiens, des chansons de Claude Nougaro, ils ont du goût à Air France. Le temps passe toujours lentement. Le repas est bon mais peu copieux. Les hôtesses évoluent difficilement d'un bout à l'autre de l'avion car les gens les gênent par leurs déplacements incessants. Elles gardent pourtant le sourire. Plus tard dans la soirée (en fait avec le décalage horaire il est à peu près toujours la même heure), on nous passe en film, The Riders, avec Steeve McQueen.
"Il est 19h, heure de New York." C'est le commandant qui nous parle. Nous atterrissons à Kennedy Airport. Longue attente pour trouver un parking à notre Boeing. Une file d'avions attend pour se garer ou pour décoller. La nuit tombe quand nous posons le pied sur le sol américain. Autour de nous, d'énormes 747 sont sur le point de s'envoler pour les quatre coins du monde. Vraiment impressionnants!
Un bus nous conduit à la douane. Nouvelle attente. Il est 22h quand nous quittons Kennedy Airport.Nous sommes aussitôt accueillis par des jeunes gens qui nous proposent des hôtels par chers. Ils se présentent à nous comme des amis de la France et des Français. Tu parles! Je demande au leader du voyage la permission de rester avec le groupe pour profiter du transfert en ville. Il accepte moyennant deux dollars. Une heure plus tard, le bus nous largue devant Times Square Motor Hotel, en plein Broadway où le groupe est logé. Pas nous, qui devons trouver une chambre. C'est vingt dollars la nuit. Trop cher. Je négocie avec deux membres logés. Ils nous acceptent dans leur chambre contre quelques dollars. Nous dormons sur la moquette. Téléphone, télévision, salle de bain, c'est l'Amérique.
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