mardi, janvier 18, 2011

Journal Miami - 2

Me voilà seul dans le hall de l’aéroport avec le Blackberry de Kafétien Gomis ; dès que j’aurai récupéré Imaad, nous pourrons joindre l’hôtel, Renaud viendra nous chercher… 

Si Imaad est libéré au bout de six heures, délai maximum, cela coïncidera avec l’arrivée des trois Lyonnais qui ont réussi à quitter Roissy sur un vol pour Atlanta avec une correspondance pour Miami.

Je calcule, nous sommes arrivés vers 15h30, les formalités ont duré plus d’une heure donc Imaad a dû être «arrêté » vers 17h, je peux avoir à attendre jusqu’à 23 HEURES, heure de MIAMI, mais en France il sera cinq heures du matin, j’aurai fait presque le tour du cadran puisque je me suis levé pour partir à 6h40.

Il est 19h, je me poste en un endroit où je ne peux pas louper Imaad s’il emprunte le même itinéraire que tous les voyageurs pour sortir mais où est-il ? Peut-être a-t-il été conduit au bureau de l’immigration de ce vaste aéroport de trois étages, peut-être qu’il sortira par une autre porte que la nôtre, repère J? Je vais me renseigner mais pour cela je dois emprunter à l’envers le parcours qui va de la zone d’arrivée où je suis, à la zone « custom » puis à « bagage claim » puis aux guichets de contrôle de police, on ne va pas me laisser passer.

J’essaye quand même mais dès que je suis sur le point de franchir une première porte un agent de sécurité m’arrête, je lui explique la situation ; il me dit de ne pas m’inquiéter puisque Imaad parle anglais, il n’y aura même pas besoin d’attendre l’arrivée d’un interprète, un coup de fil à l’hôtel suffira à vérifier qu’il est bien membre attendu de l’équipe de France d’athlétisme et il sera autorisé à partir. Je retourne m’assoir à mon poste d’observation. Mais je cogite : pourquoi ce simple coup de fil nécessite t-il trois heures de retenue ?

Je me dirige vers l’information desk qui est désert mais un téléphone est à disposition ; j’appelle, j’explique, on me dit d’aller me renseigner au bureau de l’immigration. J’y vais mais en route je réfléchis : si Imaad  sort pendant que je suis dans le bureau, éloigné de la zone d’accueil arrivée, je le loupe. Samedi dernier à Luxembourg avec Gyraphon nous attendions Lisa et ROX sur l’autoroute et elles sont passées sans nous voir pendant la petite minute qu’il nous a fallu pour nous garer sur une aire. 

Je retéléphone pour pouvoir parler à IMAAD mais on me dit que c’est impossible depuis le poste où je suis, alors je choisis d’attendre plutôt que risquer de le manquer mais dans ma tête les idées défilent ; Imaad a un portable, il en a même deux avec le mien puisque nous les avons éteints et rangés dans son sac après le décollage pour ne pas être taxés des appels de France.

Pourquoi depuis trois heures n’a-t-il pas appelé ? La fatigue et l’inquiétude me font hésiter alors je respire et je mentalise : tu as une décision à prendre, tu ne peux être à deux endroits en même temps, alors tu choisis : ou bien tu attends qu’Imaad arrive jusqu’à 23h puisque le délai est de 6h ou bien tu prends le risque de compliquer les choses s’il sort pendant que tu vas te renseigner.

Je décide d’attendre et deux dizaines de minutes plus tard… Imaad apparaît le pas tranquille et pas du tout stressé ; il a passé deux heures à piétiner dans la queue pour que ce soit son tour de se faire photographier, et d’imprimer ses empreintes digitales des dix doigts de la main. Nous y avons tous eu droit, un par un, mais entre moi dans l’urgence du temps et lui jamais pressé, compte tenu de l’afflux de passagers arrivants, une première heure d’écart s’est creusée. 

Ensuite il a répondu à des questions et patienté dans un bureau pendant une heure ou deux avec d’autres tirés au sort comme lui, de toutes les nationalités, toutes couleurs de peau ou de cheveux, donc sans inquiétude d’autant qu’il avait été rassuré par les autres athlètes, ce que j’ignorais ; son sac avait bien été récupéré et emmené à l’hôtel.

«-Vous semblez avoir été bien inquiet coach, pour un athlète à qui vous faites tant de reproches, c’est de mon sort que vous vous êtes soucié ou de votre argent et de votre portable qui sont dans mon sac ?"

D’habitude quand ça démarre de cette façon, j’en rajoute dans l’ironie et parfois nous finissons par dériver vers un point de véritable désaccord technique ou philosophique, mais là je suis soulagé, heureux d’être assis avec lui sur un banc où j’étais seul une minute plus tôt, assis avec le Phallus du sprint lorrain à des milliers de kilomètres de l’ANNEAU, avec dans la poche le portable d’un médaillé européen, avec parmi nos partenaires de stage des athlètes d’exception dont deux champions des champions désignés par L'Équipe, assis sur un siège pas très confortable mais…  aux USA en FLORIDE. 

-J’étais inquiet uniquement pour mon portable et mes dollars Imaad mais là je me sens parfaitement bien, uniquement avec toi, alors je te propose de prolonger ce moment et d’aller boire un verre ou avaler quelque chose dans un fast food de l’aéroport. Cela laissera à Renaud le temps de s’installer à l’hôtel, se restaurer et revenir nous chercher car sa nuit à lui n’est pas terminée.  ll devra encore faire deux aller retour hôtel-aéroport pour récupérer les trois lyonnais, DARIEN père et fils + E BIRON d’abord puis Lacordelle et son coach qui eux arrivent encore plus tard de GUYANE. Dure journée pour lui qui a commencé avec les palabres à ROISSY et la contrariété de devoir trouver QUATRE billets d’avion pour ceux qui n’ont pas pu embarquer avec nous. 

-OK allons y mais je l’appelle pour lui dire que nous l’attendons car je tombe de sommeil. 

Fast food pour un mauvais sandwich, trajet court en suivant les panneaux verts de l’autoroute pour arriver à l’hôtel MUTINY où un voiturier se charge de notre beau suburban noir ; les athlètes attablés entre la piscine et le jacuzzi terminent de diner, Christophe Lemaitre a du mal à achever son fried rice, nous commandons des noddles et de l’eau minérale pour réhydrater nos organismes sursollicités par ce bouleversement du rythme nictéméral.

BONNE NUIT, je vous planterai le décor de notre hébergement demain.

1 commentaire:

Lisa_* a dit…

Vous nous faites rever.