samedi, janvier 22, 2011

Flashback 8. La famille Bates

Mercredi 15 juillet 1970.

Encore un copieux breakfast puis ce sont les adieux, le retour à la tente où il faut tout remballer. Toujours pas de nouvelles de Paul. Je fais un saut chez lui. Cinq minutes que je tambourine à la porte, toujours rien. Pourtant Paul est là, j'en suis sûr, sa voiture est garée là devant. J'insiste encore. Ah! Un léger bruit... C'est le sioux qui m'ouvre. cette fois ils ont dû exagérer car il est dans un sale état et ne tient debout qu'en s'appuyant sur la poignée de la porte. Il me demande qui je suis..."- Voyons! Patrice, Francis, the two French... Mexico? Paul?" Aucune réaction. Il a les yeux à demi fermés et semble faire beaucoup d'efforts pour ne pas s'effondrer. Je l'écarte un peu et entre dans la chambre. "My God, le spectacle." Le sioux est retombé sur une chaise en gémissant. Paul est à plat ventre sur le lit, les bras ballants la tête pendante. Ils bavent atrocement. Quant au troisième, il est raide sur la carpette.

Je secoue le malheureux Paul. "Tu ne me reconnais pas voyons? Patrice, I'm Patrice. When do you leave for Mexico?" Rien à faire, il ne me reconnait pas. Il répond seulement oui à tout ce que je lui dis. Ce n'est pas la peine d'insister, tant pis pour le Mexique. Salut Paul. Tu es un bon gars tout de même. Avant de rejoindre Francis, je gribouille quelques lignes que je laisse sur l'essuie-glace de la voiture...


Nous avons trouvé une voiture qui nous  a conduits sur l'autoroute puis une autre nous a emmenés tout près de Phila. Il est à présent midi. Nous attendons depuis une heure. Une voiture s'arrête. C'est un étudiant qui ne va pas bien loin. Nous montons quand même. En stop, il ne faut jamais rien laisser passer -- enfin c'est ma conviction du moins -- et une fois encore cela va se vérifier.

Tom est étudiant en électronique. Il nous invite chez lui, c'est l'heure du lunch. La famille Bates est au moins aussi riche que celle que nous venons de quitter. Magnifique maison, Cadillac et voiture de sport dans le garage. Une troisième voiture rejoindra celles-ci dans deux semaines quand Jack, le fils cadet, aura seize ans. Avec celle de Tom, cela fera quatre voitures. Moquette, téléphone télé couleur, salles de bain, tout y est, sauf la piscine car Mister Bates, artiste peintre de sa profession, est allergique à l'eau.

Dans le salon, un orgue qui vaut des centaines de milliers de francs  ainsi que... huit guitares, excusez du peu. Les fils Bates sont musiciens. Mrs Bates, quarante-cinq  ans environ, était chanteuse dans sa jeunesse qu'elle essaie de conserver le plus longtemps possible, cela se remarque tout de suite à son maquillage et sa toilette. Ils sont ravis de faire notre connaissance. Nous nous installons pour le lunch. Après quoi, ils nous emmènent dans une deuxième villa... 300 m plus loin. Elle n'est pas tout à fait terminée, nous explique Mrs Bates, mais vous pourrez tout de même y passer la nuit. Nous nous installons. Bientôt elle reviendra nous chercher en Cadillac pour aller faire un bowling. Là encore, surprise, le petit bowling a trente-deux pistes.

Nous visitons ensuite une école, George school, qui confirme absolument ce que nous avions vu à Yardley. Le proviseur du lycée nous reçoit comme des personnalités et l'on nous présente tout le personnel. On met même à notre disposition un gardien qui nous fait tout visiter :  une véritable inspection! Puis nous allons faire un tour au shopping center, il s'étend sur plusieurs hectares. Une vraie ville miniature où l'on peut trouver tout ce que l'on désire  depuis les mocassins indiens jusqu'à la machine à écrire, en passant par la nourriture, les meubles, les voitures, absolument tout, cinémas, restaurants, bars... et parkings géants bien sûr, car on ne peut venir ici qu'en voiture!

Le soir, les Bates nous emmènent au restaurant.
 Quel restaurant! Je ne vous dis que le prix du steak : 7 dollars!

Le lendemain, nous quittons à regret les Bates pour arriver, quand même, un jour à Kansas City. Avant de partir, Mr Bates nous donne deux magnifiques pancartes qu'il a peintes pour nous. Sur l'une il y a écrit Pittsburgh et sur l'autre West! Quant à Mrs Bates, elle nous glisse 10 dollars chacun et nous fait promettre de repasser par Trevose avant de regagner la France. Je lui jure que oui!

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