lundi, janvier 24, 2011

Flashback 11. Aujourd'hui, c'est Kansas City

 Samedi 18 juillet 1970

6 h du matin. Je suis réveillé par des éclats de voix : un gars qui insulte le moteur de sa voiture. Capot levé, aile froissée, une voiture est garée sur le bord du freeway à quelques mètres de nous. Je secoue Francis. "Debout mec, nous partons..." Hélas le moteur est vraiment mal au point. Il faut appeler la dépanneuse. Je lève les bras et fait signe aux voitures comme pour leur faire croire que "ma" voiture est accidentée et que j'ai besoin d'aide... 1, 2, 3, 4 voitures passent, la cinquième s'arrête.

C'est une Volkswagen. Hélas, ils sont quatre à l'intérieur, chevelus et barbus avec des bagages jusque sur le toit. Je leur explique la situation en quelques mots... et les gars nous invitent à monter. Mais où vont-ils nous mettre? Dans la boîte à gants? "-On va essayer de se caser...". Il faut absolument que je vous décrive la voiture. Deux gars plus deux sacs sur le siège avant, un gars, Francis et moi et encore deux sacs sur le siège arrière, dans le coffre, des bagages jusqu'à 40 cm du toit et à plat ventre sur les bagages le quatrième gars... 50 km comme ça.

Les quatre types sont des révolutionnaires communistes, tendance Pékin -- ils sont vraiment sensass. Francis est aux anges : il peut parler politique. Je ne joue plus qu'un rôle de traducteur mais j'apprends des tas de choses intéressantes. Les quatre étudiants n'ont pas de domicile fixe. Ils viennent de Boston. Ils fuient la police et l'armée et vont d'université en université pour diffuser leurs idées. Ils ne sont pas pour la violence bien qu'on l'utilise contre eux, d'après ce qu'ils nous disent. Leur foi et leur enthousiasme me bouleversent... Cela m'étonnerait qu'ils réussissent à imposer leurs convictions dans un pays comme les USA mais ils le mériteraient tellement ils y croient. Je leur dis que je ne partage pas les idées pro chinoises. Alors ils se mettent en devoir de me convaincre. Les pauvres, avec mon esprit de contradiction, je leur souhaite bien du plaisir...

7 h 30. Kansas City. Ils nous laissent dans un garage. Salutations. Ils reprennent la route. Je les regarde s'éloigner... des gars sympas vraiment...

"- Allo M. Jajko? Je vous passe Francis." M. Jajko est né à Pont-à-Mousson. A 19 ans, il est parti pour les USA. Il a 30 ans aujourd'hui, marié, agent import export. Il a assez bien réussi. En tout cas il vit plus confortablement que s'il était resté en Lorraine... Le voici : "-Vous arrivez bien. Aujourd'hui samedi je ne travaille pas. Mais je ne vous attendais pas si tôt...
- Nous sommes arrivés la semaine dernière à New York..."
Nous lui donnons nos premières impressions des USA. Il habite un appartement petit mais charmant. Sa femme est allemande mais parle un peu français. Dans le salon, des revues françaises dont France Football... Pendant que Francis prend un bain, nous parlons de la Coupe du Monde au Mexique. Il me demande des nouvelles du football en Lorraine, de Blénod, du FC Pont-à-Mousson...

Nous voilà lavés, rasés, changés, rarrasiés. M. Jajko nous fait visiter les appartements qui entourent le sien, tous très luxueux. Un confort américain, deux piscines, une pour l'été, l'autre pour l'hiver. Tout est calme, propre, accueillant. Les loyers sont très élevés cependant, 1250 Frcs par mois pour un trois pièces. Avant de rentrer, nous visitons le shopping center imposant et rationnel comme à Trevose.
"- Vous avez écrit chez vous?, nous demande M. Jajko.
-Oui, à Phila, dit Francis."
Moi bien sûr, je n'ai pas encore écrit, comme d'habitude... M. Jajko nous achète des cartes postales puis nous allons visiter la ville et les environs. Kansas City est une grande cité très propre. Les skyscrapers ne nous impressionnent plus. Par contre, les quartiers résidentiels avec leurs majestueuses villas et parcs qui vous reposent rien qu'à les regarder... Nous prenons des photos, entrons dans les bars, les magasins, marchons dans les rues. Avant de rentrer, nous prenons un dernier pot à la terrasse d'un café... 100 m au-dessus de la rue...

Le soir, après le dîner, nous assistons à un match de football (européen) et nous avons une preuve de ce que les Américains savent faire avec de la publicité : 2200 personnes assistent à un match d'un niveau médiocre (le foot est un sport peu populaire aux USA car nouveau.) Il y a la clique municipale, les majorettes, un vrai folklore. Dans la tribune, des femmes, des gosses, des gens qui regardent à peine le match et qui se demandent pourquoi ces 22 athlètes se donnent des coups de pied dans les tibias! Peu importe, pour les organisateurs, la recette est assurée.

Plus tard dans la soirée, en compagnie des Jajko, nous décidons d'aller danser. Tous les clubs sont pleins à craquer. L'entrée est interdite aux moins de 21 ans. C'est comme pour l'alcool. Francis et moi ne pouvons entrer. Nous essayons d'aller au Playboy Club ; nous avons à peine le temps d'apercevoir les célèbres et jolies bunnies avant qu'on nous refoule parce que nous n'avons pas de cravate. Devant tant d'insuccès, nous rentrons. Tant mieux car mes yeux se ferment... Il me manque deux nuits...

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